[Forum Archive] Jeu de rôle d'interprétation sur forum, concernant un monde futuriste et post-apoalyptique
 
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 Eden [Erelim]

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Eden
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MessageSujet: Eden [Erelim]   Jeu 11 Oct - 4:09

Nom : Kasprzak (prononcé "Kabzak"), nom hérité de son premier proxénète.

Prénom : Eden

Surnom : Coppélia


Âge : 21 ans

Sexe: masculin (et vui)

Race : Humain

Clan : Zion

Rang : Erelim de la maison close de Sheena (depuis peu)



Description physique :

Du haut de ses vingt années rondement atteintes, Eden laisse souvent les personnes qu'ils rencontrent indécises et perplexes –ce qui est assez normal puisqu'il cultive presque par plaisir les curieuses ambiguïtés inhérentes à son apparence physique: en effet, il ressemble terriblement à une femme, et rares sont les personnes à voir en lui un homme dès le premier coup d'œil. De taille moyenne, il paraît plus jeune que son âge et dégage une impression de fragilité extrême qui reflète fidèlement sa triste réalité. Sa peau est d'une laiteuse blancheur, et par endroits constellée de vieilles traces de coups bleuâtres, qui mettent beaucoup plus de temps à se résorber que chez un individu normal. Malgré cela, sa santé excessivement délicate n'a jamais été rudement mise à l'épreuve et Eden sait par précaution se débrouiller en matière de premiers soins. Il est donc un exemple de prudence, et réfléchit toujours plusieurs fois avant de tenter la plus anodine des choses; cette retenue s'exprime également dans ses gestes, empreints d'une grâce particulière, presque cérémonieuse.
Le visage d'Eden est fin, soigneusement ciselé et scrupuleusement maquillé pour dissimuler sa pâleur maladive sous un voile de fard. Ses lèvres sont aussi peintes de couleurs légères, et souvent étirées d'un sourire fantomatique, figé même, qui passe aux yeux de tous pour sincère alors qu'il n'est qu'une habitude acquise parmi tant d'autre. Adepte des travestissements sophistiqués, il porte presque tous les jours des perruques aux longueurs et teintes variées, ainsi que des lentilles de couleurs, si bien qu'il est assez difficile de suivre les changements constants de son physique et de le reconnaître au premier coup d'œil. Cependant on le verra plus régulièrement porter de longs cheveux rouges avec des lentilles perses ou bien noires.
Son attention se porte aussi dans le choix de ses vêtements, féminins en grande majorité, qu'il préfère de couleurs sombres et de coupe raffinée, tels que certaines robes fourreaux et l'ao dai, qui enserrent sa silhouette androgyne. Ses bijoux se limitent souvent à une rangée de perles ou quelques bracelets à ses poignets, mais il arrive que quelques clients lui en offrent en guise de pourboire.
Rares sont les personnes à l'avoir surpris sans cet amoncellement flamboyant de masques, car Eden prend soin de toujours apparaître travesti et n'offre le spectacle de sa véritable apparence qu'à la noirceur de sa chambre. Ce qu'il est au naturel? Un jeune homme banal, sinon trop pâle pour être sain. Ses cheveux sont courts et de couleur noire, ses yeux gris sombre, et son visage perpétuellement inexpressif. Pour lui, cet Eden là n'a jamais eut l'occasion d'exister et n'en vaut de toute façon pas la peine; c'est en grande partie pour cela qu'il se sent toujours mal à l'aise sans son éternel attirail féminin.
Sa maladie lui confère un air perpétuellement exténué et blafard qu'il s'évertue à camoufler sous des artifices cosmétique –il se rend cependant bien compte que son état de dégrade d'année en année, et que son activité sexuelle régulière ne fait qu'accélérer son étiolement (…d'où son assiduité au travail). Il ne suit aucun traitement, et attend même avec impatience l'instant où la mort l'emportera enfin.


Description caractérielle :

Imaginez donc un miroir qui aurait volé un éclat, et dont on aurait vaillamment rassemblé les tessons pour recomposer maladroitement sa forme d'origine. Voici Eden.
Une multitude de morceaux de verre, qui reflètent tous des visages et des caractères différents, parfois complètement opposés. De nombreux masques sous lequel il n'y a que de l'ombre, un néant absolu où aucune vie n'a germé. Eden n'a pas de caractère propre, aucune personnalité définie; il n'a jamais vécu qu'en se conformant aux désirs de ses clients, sans se poser de questions. Il est tantôt souriant et plein d'humour, tantôt mystérieux et sarcastique, parfois timide et fleur bleue, et parfois colérique et capricieux…personne ne saurait le cerner et personne ne cherche à le faire à long terme.
Ce qui est certain, c'est qu'Eden nourrit un mépris profond pour sa propre existence, qu'il mène avec la plus totale négligence. Il estime que de toute façon, sa vie n'a jamais eut qu'une valeur marchande, même aux yeux de sa mère qui l'a vendu sans ciller contre de la drogue. Il a d'ailleurs accueilli l'annonce de sa maladie et de sa mort prochaine avec un rire amusé qui laissa coi l'attentionné médecin qui lui avait offert ces examens. Son envie d'en finir ne l'a pourtant jamais poussé vers un suicide plus concret –les armes à feu le répugnent, et il n'a aucune envie de mourir d'une overdose de drogue (comprenez, cela manque cruellement de distinction). Il se brûle donc à petit feu et s'expose volontiers aux divers dangers dont Assiah est remplie.
Il y a cependant eu à un moment de sa vie une brèche creusée dans son être, et qui le laisse aujourd'hui encore plongé dans une douloureuse introspection. Sa rencontre avec Mikha, et plus encore leur séparation, ont totalement ébranlé sa façon d'être. Eden, sous la pression de son ami, s'est pour la première fois de la vie demandé ce qu'il était. Et il n'a pas su répondre, pour la bonne raison qu'il n'y a rien de "naturel" en lui. Ce constat l'a bien plus affecté qu'il ne le pensait, puisqu'il se retrouvait complètement incapable d'aimer Mikha comme ce dernier l'entendait, et que cela a irrémédiablement conduit à leur "rupture". Depuis Eden balance entre un désespoir profond et une envie de se reconstruire pour connaître, au moins une fois dans sa vie, le bonheur d'aimer avec des "sentiments authentiques".



Style de combat et armement :

Se défendre? Cela n'a jamais fait partie de son éducation. Il encaisse, se tait et attend sagement qu'on le laisse tranquille. Dans des cas extrêmes, il dégainera un couteau papillon qu'il dissimule dans un pli de ses vêtements et battra l'air jusqu'à ce qu'on le lui ôte de la main.

Signes particuliers :

¤ On lui a diagnostiqué vers ses quinze ans une anomalie cardiaque, qui l'empêchera très probablement de passer de cap de la trentaine. C'est pour cela qu'il souffre d'anémie et paraît souvent épuisé; d'autant plus qu'il ne voit pas l'utilité de suivre un traitement au coût exorbitant qui, pis encore, allongerait sa misérable vie.
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Eden
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MessageSujet: Re: Eden [Erelim]   Jeu 11 Oct - 4:09

Histoire :

Pendant très longtemps, et encore aujourd'hui sans doute, Eden pensait que peu de choses le différenciaient des boîtes de conserves, des bouquets de fleurs coupées, des poupées noyées de dentelles et des petits chiots couinant derrière leurs vitrines. Il n'était que destiné à passer de mains en mains, sans parler, sans se plaindre…Sans prendre la peine d'exister…

"Putain, donne-moi ma dose, Kasprzak…
_T'as de quoi payer, au moins?
_Ma dose…
_Hé l'attardée, répond quand je te parle. T'as l'argent? De la 'thune', tu comprends?
_P…plus d'argent…s'il te plaît…ça fait deux semaines…
_Pas de paiement, pas de came.
_S'te plaît…j'en peux plus, quoi!… Ma dose…"

Une paire d'yeux se posèrent sur lui. Un regard inquisiteur, curieux et surpris à la fois. Un rictus vint déformer la fine barbe qui encadrait sa bouche.

"C'est quoi ça…? T'as un gamin?!"

'Maman' esquissa un mouvement de recul effarouché, son regard voilé se posa à son tour sur lui. Colère, peur aussi.

"J't'avais dit de rester dans la chambre! Eden!
_Attend, Esther…c'est à cause de ce morveux que t'arrive pas à me payer?
_O…oui…"

Il lisait de la peur dans les yeux de sa mère. L'autre restait calme, son regard chevillé sur lui.

"Ca peut s'arranger, ma belle. Refile-moi ton mioche, et t'auras de la came à volonté. Ca te vas?
_Quoi?!
_T'as bien entendu. Je te le proposerai pas deux fois."

Silence. Et la peur se voila.


°¤°¤°



Ce qu'Eden apprit très tôt à faire, c'était oublier. Ne pas attacher plus d'importance à ces nuits qu'à sa respiration ou aux poussières en suspension dans l'air de sa petite chambre. Il se sentait mieux, ainsi, et avait jusqu'à oublié l'existence de cette boule de dégoût dans sa gorge quand on le touchait. Cela faisait maintenant parti de son quotidien; c'était normal, il était normal, comme tous les autres petits garçons. Personne ne lui avait dit le contraire, alors…
La journée, il restait allongé sur son matelas dans un état quasi comateux, les yeux ouverts mais aveugles, ou à fixer le pan de ciel qu'il apercevait par la fenêtre.
Il ne rêvait pas, il ne pensait pas non plus. Il était là, point.

Redeth Kasprzak lui avait dit une fois que son prénom signifiait "Délice", et qu'il désignait aussi un jardin paradisiaque créé par le Dieu que vénérait l'Amariah. Il lui avait aussi allègrement rappelé pourquoi il était ici -grâce à qui. On l'avait vendu contre de la drogue. Il avait demandé ce que c'était; et on lui avait fait goûter. Un paradis, artificiel tout comme ce qu'il était, lui. Il avait aimé "s'échapper"; c'était comme aller à la mer après être resté cerné de montagnes austères pendant des mois…
Il avait treize ans, et cela faisait huit ans qu'il vivait cerné par les murs austères de la maison close de Kasprzak.

Certains filles un peu plus âgées que lui l'avaient pris en affection. Elles l'entouraient de leurs bras blancs constellés d'ecchymoses, et lui parlaient avec douceur. Il les aimait bien, mais sans plus. Ce qu'il affectionnait en revanche, c'était la douceur de leurs vêtements et de leurs cheveux. Il avait essayé leurs robes, et elles avaient noué ses cheveux noirs pour les recouvrir d'une soyeuse perruque rousse. C'était une fille qu'il avait vue dans le miroir, et cela l'avait surprit.
"Oh Eden, tu es mignon!"
"Tiens, mets ce collier pour voir…"
"Ca te va bien!"
Il les avait regardées de ses yeux nouvellement verts, interloqué. Eden ne parlait jamais beaucoup, mais il avait déjà en lui l'ébauche de ce qu'il serait plus tard: un merveilleux acteur.
Il joua alors la comédie, se prit au plaisir du déguisement et reçu les rires enchantés de ses seules amies comme une récompense suffisante.
Comment savoir… Cela se fit peut-être progressivement, peut-être du jour au lendemain, mais il s'accoutuma à cette comédie. Sa comédie humaine. Porter un masque le rassurait; il ressemblait dès lors à quelqu'un d'autre, et s'inventait un caractère soigneusement peaufiné. Il s'inventait non pas une, mais plusieurs existences, à défaut d'avoir la sienne propre…
De prostitué fade et inexpressif, il passa au stade de prodigieux travesti aux facettes multiples. Ses aînées lui apprirent à se maquiller, à choisir avec justesse ses vêtements et les accorder à ses bijoux et ses coiffures. Une vraie poupée, disait-on alors, avant de finalement le surnommer Coppélia, tout comme la belle automate dont le seul défaut était de ne pas avoir d'âme propre. Il ne se formalisa pas de l'image, la trouvant au contraire justement trouvé.
C'était normal, de ne pas avoir d'âme. Personne n'en avait, pas ces filles qui confiaient leurs larmes à leurs oreillers ou ces clients enivrés pour ne plus voir le caractère abject de leurs désirs.

Il vivait dans un monde où les âmes n'existaient pas.


°¤°¤°


"Monsieur Kasprzak, je peux vous parler deux minutes?"

Le maquereau se tourna vers l'homme qui se tenait à quelques pas de lui, dansant d'un pied à l'autre et se tordant les mains d'une gêne qui ne le quittait jamais en ces lieux de perditions.

"Tiens, Docteur Herschel! répliqua-t-il d'une voix scrupuleusement chantante et pompeuse. Que me vaut l'honneur de votre venue? Coppélia vous fait des misères?"

Le médecin secoua négativement la tête, les joues empourprées. Il bredouilla en passant nerveusement sa main sur sa nuque:

"Je voulais vous parler de lui, justement. J'ai…j'ai remarqué qu'il…euh, s'épuisait très vite…enfin, je…je veux dire…il est souvent fatigué, et assez pâle. Il a même des nausées…et…il saigne du nez…alors…"

Kasprzak le fixa de ses yeux de faucon, silencieux mais passablement agacé par les détours sans fin du médecin:

"Abrégez…
_J-Je lui ai fait passer quelques examens…Non, ne vous inquiétez pas, je l'ai fait à mes frais. Il est encore…hum…jeune, alors ça m'inquiétait… et donc voilà, je l'ai convaincu de venir passer quelques tests.
_Et…
_Et…et bien j'ai remarqué qu'il a des problèmes…cardiaques…enfin, j'aurais souhaité approfondir les examens, mais il n'a pas voulu. Je…je crois que c'est plus grave que ça en a l'air, Monsieur Kasprzak…vous devriez…
_Il a quoi, exactement?"

La voix du maquereau était sèche. Si l'un de ses garçons les plus rentables venait à mourir, il serait ennuyé; et son agacement se percevait dans sa façon de dévisager le malheureux médecin, qui n'en menait vraiment pas large.

"Une…une anomalie…ses muscles cardiaques ne fonctionnent pas efficacement; mais il doit y avoir autre chose…pour expliquer son anémie…
_Un Lamia l'aura embrassé avec trop de passion, ironisa Kasprzak avec un reniflement de mépris.
_Je suis sérieux! Se récria son vis-à-vis. Il pourrait en mourir, vous ne comprenez pas?!"

Kasprzak poussa un soupir exaspéré, s'approcha du médecin et posa une main faussement amicale sur son épaule pour lui faire exécuter un demi-tour:

"Docteur, docteur, docteur…notre chère Coppélia sniffe quelque fois des poppers pour être à la hauteur de nos attentes. Et croyez-moi, ce n'est pas le seul hallucinogène qu'il s'offre…
_Dites-lui d'arrêter, supplia le médecin d'un air horrifié. Ca va le tuer…Il…son espérance de vie frôle à peine la trentaine…il faut…
_Au revoir, Docteur."

Hershcel fut poussé d'une main vers la sortie du bureau, et la porte se referma d'un claquement serein, alors que ses protestations inquiètes se faisaient toujours entendre au-delà du panneau de bois sombre. Le maquereau lâcha un soupir moqueur, et fit presque pour lui-même:

"Ce que vous, vous ne comprendrez jamais, c'est que c'est ça qu'il veut."

°¤°¤°
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Eden
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MessageSujet: Re: Eden [Erelim]   Jeu 11 Oct - 4:10

°¤°¤°


Les demandes de ses clients étaient parfois assez farfelues. Mais du moment qu'il y avait de l'argent au bout, Coppélia ne se posait guère de questions sur leur santé mentale.
Il avait reçu un coup de téléphone très enthousiaste la nuit dernière. Il avait entendu plusieurs voix masculines, plutôt jeunes, se disputer pour lui exposer l'objet de leur requête. De ce brouhaha incessant il ne distilla que deux informations importances: "demain, 19h30, devant l'Anor Lisen."

Ses talons claquaient régulièrement sur les pavés humides. Novembre pointait déjà le bout de son nez, et étant frileux de nature il avait enfilé un manteau noir étroitement ceinturé à sa taille. Ses mains gantées restaient enfoncées dans ses poches, et son regard vert émeraude balayait les environs avec plus de curiosité que d'appréhension.
Il n'était pas habitué à quitter le Karyukai. La dernière fois remontait à ses quinze ans, quand le docteur Herschel l'avait pratiquement traîné jusqu'à son cabinet pour l'examiner; depuis, cinq années s'étaient écoulées et il n'avait revu ni le docteur ni l'extérieur du quartier des plaisirs.
Il arriva pile à l'heure devant l'antique monument du centre-ville. Il resta un instant immobile à contempler sa silhouette noire qui se découpait dans l'encre bleutée du ciel, avant que des voix rieuses et familières ne le tirent de sa placide contemplation.

"C'est toi, Coppélia?
_P'tain, on dirait vraiment une femme…
_Arrête de baver.
_J'bave pas, tocard!"

Quatre jeunes hommes, peut-être âgés de vingt-cinq ans ou moins, le dévisageaient avec intérêt, de grands sourires scotchés aux lèvres. Coppélia conserva son visage fixe, puis demanda d'une voix veloutée:

"Que puis-je pour vous, messieurs…?"

Alors que l'un d'entre eux s'extasiait sur sa voix tout aussi ambiguë que le reste de sa personne, un autre homme, le plus petit, prit la parole avec un large sourire:

"Voilà. C'est l'anniversaire de l'un de nos amis, et on a décidé de lui faire un petit cadeau. Le cadeau, c'est toi.
_Bien…
_Ca tombe bien, j'crois qu'il a un faible pour les rouquines", fit remarquer une autre en pouffant de rire, bientôt imité par de reste de la joyeuse bande.
Coppélia cligna des yeux sereinement, sans comprendre l'objet de leur hilarité. Il ajusta avec une grâce consommée son manteau sur sa clavicule, puis entra dans la spacieuse voiture en même temps que les quatre compères, qui s'échangeaient d'obscures plaisanteries sans paraître accorder d'importance à la dignité de l'Erelim.
Après quelques minutes de route, le véhicule s'arrêta devant une spacieuse maison à la lisière du quartier Nord. Les quatre lurons sortirent de la voiture et se précipitèrent en même temps sur la sonnette de la porte d'entrée, laissant un Eden passablement perplexe quelques pas en retrait.
La porte finit par s'ouvrir sur un jeune homme à l'impressionnante crinière blonde, qui fixa avec de grands yeux bleus ses amis tout sourire agglutinés dans l'encadrement de son entrée.
"Salut les gars…é_ê
_Joyeux anniversaiiiiiire, Mihka!
_C'était y'a deux jours. Ne me dites pas que votre cuite vous a fait tout oublier?
_Naaaan…Ce soir t'as droit à un cadeau bonus!
_Tu vas être ravi, crois-moi!"

Et presque cérémonieusement, ils s'écartèrent pour laisser le dénommé Mihka et Eden face à face. L'un était toujours aussi stupéfait, l'autre toujours aussi imperturbable.

"Tadaaa!
_Passe une bonne soirée, Mihka-chériii!
_Tu nous raconteras tout en détails demaiiin!
_Enjoyyyy!"

La porte se referma presque innocemment tandis que les rires se faisaient déjà plus lointains. Mihka, sidéré, fixait la curieuse créature qui se tenait sagement devant lui, rajustant ses délicates boucles rousses malmenées par les bourrades un peu trop enthousiastes de ses pseudo-entremetteurs. Il passa une main sur sa nuque, embarrassé, puis articula un vague:

"Eh bien…enchanté…Mihka Reagan…"

L'Erelim étira un léger sourire en levant les yeux vers lui. Cet homme-là avait un petit quelque chose de naïf; les naïfs aiment les filles gentilles et un brin malicieuses. Alors ce soir, il le serait.

"Je suis Coppélia."

Eden déboucla son manteau et le fit glisser de ses épaules avec douceur. Son client le regarda avec des yeux ronds, se rendant certainement compte qu'il avait affaire à un homme, et s'empourpra soudainement avant de détourner la tête. Cette réaction n'échappa pas à l'Erelim, qui se contenta pourtant d'accrocher son vêtement au porte-manteau, avant de faire d'une voix aussi douce et aimable que possible:

"Cette plaisanterie n'a pas l'air de vous ravir…"

Le blond esquissa un léger sourire, et l'invita d'une geste de bras à pénétrer dans le living, tout en répondant d'une voix détachée:

"Ca commence à faire beaucoup…héhé…A croire que ça me poursuivra toute ma vie."

Coppélia lui adressa un regard interrogateur.

"Ma grande sœur est homosexuelle." Répondit-il avec un sourire timide. "Enfin…vous voulez peut-être que je vous raccompagne chez vous…?"

Le rouquin croqua un signe de tête négatif, sans se départir de son sourire léger, avant de lui expliquer en quelques mots qu'il avait été généreusement payé pour lui tenir compagnie toute la soirée et que ce serait ses amis qui se chargeraient de le raccompagner. Mihka eut un rire léger, et haussa les épaules pour signifier son abdication.

"J'étais en train de travailler. Ca ne vous dérange pas si…?
_Non, non, allez-y, répliqua Eden avec douceur. Je me contenterais de vous regarder faire, au pire."

Mihka lui adressa un sourire candide en guise de remerciement, et le conduisit dans une espèce d'atelier artistique, qui de jour devait baigner de lumière grâce à la longue baie vitrée qui parcourait deux de ses murs. Des étagères pleines de pots de peintures et d'autres ustensiles inconnus à l'Erelim se dressaient tels des titans de bois constellés de couleurs, et plusieurs chevalets s'alignaient contre le mur. L'un d'entre eux cependant trônait au centre de la pièce, soutenant une toile à laquelle était fixée une feuille plus petite. Une aquarelle, ou quelque chose du même genre. Le dessin représentait un chevalier dont le corps était comme envahi de plumes bleu ciel, dont bon nombre jonchaient le sol. Il avait des couteaux plantés dans le torse, et son regard se portait vers une tour que l'on apercevait à l'arrière plan.

"Qu'est-ce que c'est…?
_L'Oiseau Bleu…Je compose des recueils de contes et légendes, et je les illustre moi-même. Enfin, officiellement, je suis un humble secrétaire à l'Elyseum…mais ça me sert à arrondir les fins de mois ^.^"

Mihka, tout en parlant, installa un fauteuil à l'intention d'Eden, puis enfila une blouse tâchée de peinture avant de se poster devant son chevalet, armé d'un fin pinceau.

"Vous connaissez l'histoire de l'Oiseau Bleu? Finit-il par demander.
_Non…
_Ah…? Elle raconte comment deux amants furent séparés par une cruelle et jalouse marâtre. Alliée à une sorcière, elle transforma le Prince en oiseau bleu, et enferma la Princesse dans une haute tour. Mais la sorcière posa une clause à son sort: si au bout de sept ans, la Princesse n'avait pas oublié son amour pour lui, alors le charme se dissiperait.
_Et elle l'a oublié…? Demanda Coppélia, confortablement installé dans son fauteuil.
_Non, car tous les jours le petit oiseau bleu qui chantait à sa fenêtre lui rappelait son bien-aimé. Mais lorsque les sept années se sont écoulées, la marâtre piégea le Prince en couvrant l'arbre sur lequel il se perchait de couteaux et de verres. Il agonisait dans un jardin de bleuets lorsqu'il se retransforma en humain. Dans une version, une bonne fée intervenait pour rétablir l'ordre et ils vivaient heureux ensemble…dans l'autre version, c'est une fin plus tragique. Mais je l'aime bien quand même."

Son pinceau caressait la toile avec douceur et précaution. Eden suivait ses mouvements, sidéré du total désintérêt de Mihka pour sa personne. En temps normal, ses clients ne se fatiguaient pas à parler et économisaient plutôt leur salive pour ce qui les intéressait le plus. Mais ce garçon-là était hétéro, après tout…

"Coppélia…
_Oui?
_Euh, pardon… je pensais à votre prénom…enfin…c'est un pseudonyme, non?
_Exact.
_Coppélia a aussi une histoire plutôt triste.
_Je ne la connais pas très bien non plus. Ce n'est pas moi qui ai choisi ce nom."

L'Erelim croisa ostensiblement ses jambes au galbe étonnement féminin, et il lui sembla qu'au même moment Mihka fit un curieux faux mouvement avec son pinceau.

"Zuteuuuuh!"

Alors que le pauvre conteur s'évertuait à sauver sa peinture, Coppélia étira un petit sourire qui passait pour amusé. Vraiment singulier, ce client. Et pas si désintéressé que ça.

°¤°¤°



C'était sans doute la plus étrange soirée qu'ai jamais connu Eden dans toute sa carrière de prostitué. Mihka ne l'avait pas touché, ni même regardé avec insistance –et pourtant il avait déployé l'ensemble de ses talents pour le charmer. Rien à faire. Il s'était montré scandaleusement gentil avec lui, et il lui avait fait découvrir les joies et les déconvenues des jeux de société. Ce blondinet aimait beaucoup les histoires, et les contait avec une voix curieusement envoûtante. Il lui avait raconté l'histoire de Coppélia, et au lieu de se féliciter du mariage de Swanilda et de Frantz, il plaignait la malheureuse poupée automate qui n'avait pas eut la chance de recevoir une âme. Eden avait été incapable de donner son propre avis, et avait sagement déclaré qu'il était d'accord avec lui.
Mais l'étrangeté de n'arrêta pas là. Sitôt raccompagné au Karyukai par les amis de Mihka, il reçut une seconde invitation. Puis une troisième. Et au final cela devint presque une habitude d'aller jouer au Scrabble et au Monopoly chez lui. Mihka prétexta qu'il aimait sa compagnie, et comme il ne venait jamais le voir de sa propre initiative –drôle d'idée-, il prenait les devants. Eden s'était contenté de venir au début pour ne pas froisser un client au pourboire généreux, mais il finit par se rendre compte qu'il attendait –qu'il espérait- ces soirées comme une sorte de congé.

Le problème avec Mihka, c'était qu'il était incapable de le comprendre. Il s'étonnait à chaque fois des vêtements et des coiffures différentes de l'Erelim, mais plus encore des variations curieuses de son comportement qu'il modulait en fonction de l'humeur et du caractère de son vis-à-vis. Il lui demanda plusieurs fois pourquoi il faisait tout cela. Eden ne pouvait pas répondre, et se contentait de sourire.

"On dirait que tu interprètes toujours un rôle, différent à chaque fois…
_C'est le cas..."
Mihka le regarda, comme blessé par sa réponse, puis reprit avec douceur:
"Mais c'est…différent. Tu ne travailles pas là, tu peux…tu peux être naturel, si tu le veux. Je suis ton ami, non?"
Il ne répondit pas, encore une fois. Un ami…? Etait-il sérieux? Il peinait à le croire… Tout bonnement parce qu'on ne lui avait jamais rien dit de tel. On couchait avec lui, oui ; on le frappait, oui ; on pansait ses blessures, oui; mais des amis il n'en avait pas. Pas au sens fort du terme…et c'était pourtant ce que Mihka voulait.
"Tu pourrais me dire ton vrai prénom…s'il te plaît?"
Silence. L'Erelim, intérieurement désarçonné, posa ses yeux noisettes sur le conteur, qui s'était interrompu dans le dessin d'une nouvelle illustration de conte. Il n'y avait que la pureté du ciel dans son regard.
Un sourire un peu vacillant se fraya un chemin sur les lèvres du prostitué, signifiant son hésitation, qui déclara à mi-voix:

"Je m'appelle Eden."


°¤°¤°



"Eden…"

Une main sur sa joue. Ces yeux brillent…a-t-il envie de pleurer?

"Je n'arrive pas…Je n'arrive pas à te comprendre. Ca…ça m'obsède…!"

Ce visage d'habitude si souriant est crispé, comme s'il avait mal.

"Je t'aime, Eden!"

Silence. Ces yeux sont tellement brillants ; mais il ne pleure pas.

"Eden…"



"Eden, est-ce que tu m'aimes, toi…?"

La réponse aurait du être "oui". Mais il n'y eut que le silence, et cette porte qui se refermait dans un claquement fataliste.

°¤°¤°
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Eden
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MessageSujet: Re: Eden [Erelim]   Jeu 11 Oct - 4:10

°¤°¤°


Mihka entra en trombe dans la maison close de Kasprzak, après avoir longuement harcelé ses amis pour qu'ils lui cèdent l'adresse –jusqu'ici il s'était contenté du numéro de téléphone. La sacoche qu'il portait en bandoulière tapait sur sa cuisse alors qu'il montait les escaliers étroits et escarpés qui séparaient le salon enfumé d'opium jusqu'aux étages réservés aux chambres. Il n'était pas énervé; juste fébrile. Le départ soudain de l'étrange Erelim la nuit dernière lui avait laissé l'impression glacée d'avoir eu faux depuis le début…
Eden avait un cœur. Il n'était pas seulement un…un prostitué sans âme. Il n'était pas Coppélia! N'est-ce pas…?

"Où se trouve Eden?"

La jeune femme à qui il s'adressa le regarda de travers, avant de répliquer d'une voix douce:

"Y'a pas d'Eden ici, mon chou…
_Que…Coppélia! Je dois le voir!"

La louve haussa les épaules de dépit, et lui désigna une chambre au bout du couloir. Il articula un vague remerciement et se retint de courir jusqu'à la porte, qui ne portait aucun numéro sinon un curieux sigle cunéiforme.
Il frappa. Il n'obtint aucune réponse.

"Eden…!"

Il posa sa main sur la poignée dorée, qui à sa grande surprise n'était pas verrouillée. Il poussa prudemment le panneau grinçant, et découvrit pour la première fois la chambre d'Eden. Une pièce sombre, décorée avec une fantaisie stérile de couleurs chaudes et carmines. Le lit occupait la plus grande place, couvert de coussins et surmonté d'un tout aussi large miroir. Eden était allongé là, vêtu d'un simple peignoir, dans une position alanguie qui aurait fait rougir Mihka jusqu'aux oreilles en d'autres circonstances.

"Eden…"

Il y avait sur le matelas une seringue et une ligature de caoutchouc. L'Erelim avait les yeux fermés, et paraissait dormir. Le conteur s'approcha avec précaution, et posa délicatement sa main sur son épaule, sans oser la secouer. Les courts cheveux noirs d'Eden couraient sur sa peau livide, et Mihka se demande s'il s'agissait de ses vrais cheveux, cette fois. Il coula doucement sa main vers sa chevelure, et la toucha avec délicatesse. Lorsqu'il l'ôta, un regard gris perle était fixé sur lui.
Mihka frémit et se redressa brusquement, les joues rouges.

"E…Pardon, la porte était ouverte, et je…je voulais te parler, Eden."

Le visage d'Eden resta fixe tandis qu'il se redressait sur ses coudes. Sa tête dodelina étrangement pour balayer les environs de ses yeux voilés. Il finit par croiser à nouveau le regard bleu pur de Mihka, et un sourire étrange étira ses lèvres:

"Miiiihka."

Il tendit candidement ses bras vers lui et s'accrochant à sa nuque, l'obligea à se pencher sur lui. Le blond ne sut comment réagir, et chercha à accrocher le regard de l'Erelim avant de faire à mi-voix:

"Eden, pars avec moi."

Une main diaphane caressa sa joue, et le sourire d'Eden s'étira encore plus largement.

"Eden…réponds-moi, je t'en prie…
_Frantz, Frantz, pauvre fou que tu es! Où est donc Swanilda?"

Le rire cristallin, presque dément d'Eden glaça le sang de Mihka, qui avisa la seringue délaissée avec une crainte amère. Il ne savait pas qu'Eden se droguait…et puis, que savait-il réellement de lui? Rien, pratiquement rien…et c'était ce qui lui déchirait le cœur.

"Pars avec moi! Je vais quitter Assiah aujourd'hui…je…je veux que tu viennes avec moi."

Eden le jaugea en penchant tantôt la tête à gauche ou à droite, comme s'il cherchait le meilleur angle pour l'observer.

"Pourquoi est-ce que tu m'aimes, toi?"

Mihka frissonna une nouvelle fois, tandis qu'une main glacée caressait sa clavicule. Son cœur se serra, et il articula faiblement:

"Je ne sais pas. Je t'aime, c'est tout ce que je sais. J'en suis malade, Eden…je ne veux pas être un simple client de plus pour toi…"

Le blond inclina la tête, les paupières brûlantes de larmes qui ne coulaient toujours pas. Le rire d'Eden reprit, plus sonore, plus cruel encore qu'auparavant. Le jeune Erelim se tenait le ventre à deux mains, et se roulait d'un côté à un autre.

"Eden!"

C'était un cri de désespoir. Mais il n'en finissait pas de rire aux éclats, et le conteur se leva en titubant, le cœur en miettes.
Le brun se mit en position assise, un sourire béant aux lèvres, et déclara d'une voix rieuse:

"Je vais te confier un secret, Mihka: Coppélia a bien un cœur! Un joli petit cœur, bien caché, mais il est malade…"

Il lut de l'incompréhension et de la détresse dans les yeux de l'écrivain. Un éclair de colère passa subitement dans la voix d'Eden:

"J'vais crever! T'entends? Il me reste, quoi? Sept, huit ans maximum!"

Le spectre blanc de l'horreur vint supplanter la peine dans les prunelles livides de Mihka; Coppélia s'en délectait, et avait aussi envie d'en pleurer. Il n'était pas capable de l'aimer. Mihka était trop gentil, trop exigeant, trop aimant envers une créature à peine humaine, qui n'avait jamais eut plus d'utilité et de valeur qu'une boîte de conserve, qu'une poupée noyée de dentelle, qu'un petit chiot derrière sa vitrine…Il ne comprenait qu'il devait être comme les autres. S'il avait voulut coucher avec lui, il lui aurait dit oui. S'il avait voulut le frapper, il aurait dit oui. Mais il ne pouvait pas l'aimer ; pas en étant honnête avec lui.

Celui qu'il aimait n'existait pas, tout simplement.

"Eden…"

L'Erelim leva agressivement ses yeux couleur d'orage vers le conteur, mais cette hargne vola en éclats dès qu'il vit d'étincelantes étoiles d'eau dévaler les joues de Mihka.

"Je…suis désolé…"

Mihka ouvrit sa sacoche, en sortit un paquet de forme rectangulaire assez fin, qu'il déposa sur la table de chevet. Il ne regardait plus Eden en face, et prit un temps infini pour refermer son sac et rajuster la bandoulière en travers de son torse.

"Je comptais de le donner quand…après…enfin voilà…"

Mihka se dirigea à pas lents vers la sortie, mais se figea lorsque sa main sur posa sur la poignée.

"Je voudrais…vraiment…que tu sois heureux un jour. L'Eden que j'aime, donne-lui une chance de vivre."

Le silence tomba à nouveau, habitué à peser comme un manteau de plomb sur les épaules d'Eden.
La porte se referma sans un bruit. C'était la fin heureuse du conte de Coppélia qui venait de s'envoler, pour toujours.


°¤°¤°



Eden fixait de ses yeux violets le miroir qui surplombait son lit. Le dos de ce Terach hyène était vraiment large. Il observait d'un air détaché le tatouage complexe qui s'écoulait tout le long de sa colonne vertébrale luisante de sueur, dont l'épine dorsale était envahie par une crinière de cheveux blanc cassé. Il entendait ses râles comparables à des ricanements animaux à son oreille, parfois entrecoupés d'injures marmonnées à mi-voix –il n'était même pas sûr qu'elles lui étaient destinées, en fait.

Eden haussa légèrement le menton, faisant subtilement passer ce geste pour une marque de plaisir. Son regard accrocha le petit tableau soigneusement fixé au mur, juste au-dessus de son lit. Coppélia, dessinée par Mihka. Le dessin représentait vraisemblablement une femme, aux cheveux roux mi-longs et délicatement ondulés, aux yeux baissés et au visage de porcelaine. Ses mains fines ouvraient un opercule sur sa poitrine, dévoilant un cœur aussi rouge que ses cheveux, mais emprisonné dans les rouages rouillés et complexes qui composaient son corps. Contempler ce cadeau que Mihka lui avait laissé avant de quitter Assiah le rappelait sans cesse à l'ordre.
La brèche ouverte à travers tous ses masques avait laissé filtrer un peu de lumière dans le néant qui portait le nom d'un paradis. Hanté par les paroles de l'écrivain, il avait désespérément cherché à voir en lui quelque chose de naturel. En vain. Tout était factice, sur-joué, minutieusement calculé par son instinct d'acteur. Oh bien sûr, il apprit à pleurer réellement, à souffrir de l'absence de son seul ami et de sa condition si peu enviable. Et quand il avait trop mal, il se droguait. Encore, toujours plus, cherchant dans les jardins de son paradis artificiel des lambeaux de lui-même.
Il aimait le rouge. Et le velours. Il aimait le Bloody Mary et sentir encore un peu de chaleur sur les perles de ses colliers quand il les ôtait. Il n'aimait pas avoir froid, ni regarder des couples d'amoureux se promener dans la rue.
Mais il ne savait toujours pas s'il aimait Mihka. S'il était seulement capable d'aimer quelqu'un. Peut-être. Peut-être pas. Devait-il apprendre à aimer? N'était-ce pas quelque chose qu'on définissait comme soudain, inexplicable et irraisonné? Il ne savait pas, malheureusement.

Les yeux d'Eden disparurent soudainement sous ses paupières, et une expression de douleur marqua son visage de porcelaine alors qu'une exclamation sonore franchissait ses lèvres. Au même instant le Terach se retira de lui dans un soupir de satisfaction, secoua sa crinière neigeuse avant de se laisser lourdement retomber sur le matelas, le souffle court. Eden, le visage toujours crispé, s'extirpa avec lenteur du matelas, s'attirant le regard perplexe de son client:

"Hé, tu vas où comme ça…?"

"J…je reviens…"

Complètement nu, il pénétra dans la petite salle d'eau qui jouxtait fort utilement sa chambre, et puisa dans ses quelques forces pour se précipiter vers les toilettes. Il n'eut qu'à espérer que l'hyène ne pouvait pas entendre ses hoquets plus que significatifs.
Une fois sa nausée passée, il se redressa faiblement et porta son regard sur la glace qui surmontait le lavabo. Il était livide, et un petit filet de sang traçait une ligne rouge sous sa narine.
Sa tête lui tournait. Et son cœur…son cœur lui faisait horriblement mal. La totale, quoi.
La vision se brouilla, et c'est presque avec surprise qu'il sentit sa tête heurter durement le carrelage.
Les yeux mi-clos, il entendit vaguement la voix aigre du Terach s'approcher, puis l'inonder d'injures diverses avant que le silence ne revienne. Il sombra dans une inconscience toute relative jusqu'à ce qu'il sente des mains larges et froides l'élever très légèrement pour reposer sa tête sur ce qu'il identifia vaguement comme des genoux. Une étoffe soyeuse vint recouvrir son corps nu dans une caresse qui ne lui parut pas très agréable. Il reconnut la voix de Redeth.

"Hep, Eden…"

Son cœur lui faisait toujours mal, mais il n'arrivait pas à savoir si c'était purement physique. Ses yeux colorés s'ancrèrent laborieusement sur le visage penché de son proxénète. Son expression était impénétrable, comme d'habitude; quoique ses sourcils étaient légèrement froncés.
Et bizarrement, il eut la soudaine envie de l'appeler "Papa".

"Ca va…juste…trop de poppers…" parvint-il à articuler faiblement, même si tous deux connaissaient parfaitement la vraie raison de ce malaise –qui n'était que le premier d'une longue série.
Le Terach, posté à l'entrée de la salle d'eau, protesta et exigea au maquereau un remboursement. Il ne reçut qu'une réplique acerbe de la part de Kasprzak, dont la subtilité échappa à Eden sur l'instant. Il se contentait de le regarder en contre-plongé, presque avec douceur:

"Tu vas me …jeter à la poubelle…?
_A la poubelle?
_C'est…le terminus des jouets… défectueux…"

Le maquereau esquissa un sourire indéfinissable, et répondit:

"C'est une bonne idée. Mais les brocantes sont plus intéressantes, dans ton cas."

La commissure des lèvres d'Eden frémirent dans une esquisse avortée de sourire, et ses yeux se refermèrent presque paisiblement. Au moins Redeth ne perdait jamais le Nord, lui.

Quelques jours plus tard, il se retrouva comme par erreur dans une autre maison close, avec le sentiment d'avoir quitté ses familiers bas-fonds pour une terrifiante et inhabituelle clarté. L'établissement était tenu par une Terach panthère du nom de Sheena, qui malgré son antipathie (réciproque) pour Kasprzak, l'accepta sans rechigner dans les rangs de ses loups. Coïncidence ou pas, Eden apprit quelques temps plus tard que son proxénète avait été arrêté pour trafic et recel de stupéfiants, puis pour détournement de mineurs lorsque l'on vint fouiner dans les affaires de son bordel. Connaissant bien Redeth, il se doutait que cette arrestation ne l'avait pas pris par surprise, mais y avait-il un lien réel avec le fait qu'il ait soudainement dispersé quelques filles et garçons à travers le Karyukai…? Cela faisait partie des choses qu'il ne saurait sans doute jamais.
C'était deux jours avant l'attentat de l'Opéra.
La nuit où l'explosion ébranla Assiah autant au sens propre que figuré, Eden était resté dans la maison close, à jouer avec la garniture de son Bloody Mary en se demandant s'il aurait l'occasion d'aller voir un opéra, maintenant que les locaux étaient rénovés. La réponse était non, manifestement. Alors que les secours commençaient à peine à s'activer pour venir en aide aux blessés, Coppélia leva ses yeux bleu ciel vers la porte d'entrée, et une fugitive moue passa sur son visage. Il n'aimait pas les soirs de pluie.

°¤°¤°
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Eden [Erelim]
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