[Forum Archive] Jeu de rôle d'interprétation sur forum, concernant un monde futuriste et post-apoalyptique
 
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 Une Aube Embellie

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Albin
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MessageSujet: Une Aube Embellie   Jeu 11 Oct - 3:02

[> Monodiela <]

[ Arrow L'aube d'une prière. ]

Sur la ville plane encore une étrange brume blanche, cette fragile brume qui précède le réveil.
Bientôt la ville s’étirera sous les rayons du soleil qui chaufferont la pierre en permettant aux ombres de camoufler les péchés. La ville prendra son café avec les mensonges tapis lorsque l’on rêve et qui ressurgissent au matin dans les esprits des époux et de leurs maîtresses ; la fumée de sa cigarette emportera les traces de luxure des femmes qui se cachent, ou se montrent au choc de la pudeur ; sa douche épurera les égouts souillés de drogue, d’alcool et de sperme.
Mais à peine lavée, à peine éveillée, la ville replongera dans ses péchés ; dans la gourmandise de ces cupides sans honneur ; la luxure de l’homme et de la femme qui ne deviennent qu’organes et hormones ; l’orgueil de ces impuissants sans scrupule ; la colère de ces hérétiques aux ambitions divines ; l’avarice de ces riches lâches ; l’envie de ces pauvres avides et perfides ; et enfin elle va de nouveau sombrer dans la paresse de se purifier de cette souillure.

Les rues claires et lumineuses, tachées par la pénombre de l’aube, propagent en échos amortis, le claquement des pas de l’Evêque sur les dalles de pierres. Un vent sableux caresse ses cheveux et envole le bas de sa soutane. Sa démarche est égale. Sa démarche est exacte. Il l’a choisie, à son personnage, à son rôle. Dos droit, toujours droit, maintien et fierté imposante. Une pointe de solennel et une pincée de menace. Charisme glacé l’entoure et rayonne autour de lui.
Il serpente dans les rues qu’il connaît si bien. Il ne regarde pas derrière lui, il sait que Monodiela est là, que Monodiela le suit. Il sait aussi qu’elle ne parle pas. Elle sait respecté son silence. Il sait où il va, il sait où il le guide, il sait où mèneront ses pas raides et secs sur le jaune, si clair au matin, de la pierre rafraîchie par la nuit.

Et elle arrive, elle approche et se dresse bientôt devant eux.
La Tour. L’Anor Lisen. Elle observe la ville, droite, froide et silencieuse.

Albin s’arrête et lève ses yeux sur les parois vieillies qui résistent encore au temps et au vent. Elle s’élève vers le ciel, vestige du passé, vestige d’un temps qui n’est plus aujourd’hui qu’un vague souvenir, un murmure qui n’effleure que si peu d’esprits.
Lieu magique et mystérieux, au passé trouble et précieux.

Albin aime cet endroit, aime ce lieu chargé de charmes.

Il s’avance à nouveau et monte à la tour. Il connaît ses marches, il connaît ses couloirs. Le sommet, il veut aller au sommet, il atteint le sommet. Il sait que Monodiela l'a suivi, que Monodiela est toujours là et qu’elle voit ce qu’il observe désormais.

La ville endormie, si belle dans le mensonge que crée pour elle l’Aurore et sa couleur. Elle s’étend à leurs pieds. Immense et envoûtante. Bien sûr ses yeux évitent la tour qui fronce les sourcils, déchaînent la haine et enrage le cœur. Il vagabonde dans les rues, parfois si ombrées mais d’un gris clair et pâle, pas encore inquiétant. Il s’arrête sur la pierre, sur l’argile, sur les maisons de la cité, les toits, les fenêtres. Tout est là. Il observe et respire lentement. Encore plus lentement que d’habitude. Encore plus imperceptiblement.

Etrange.

Resurgit en lui un souvenir étrange. Souvenir ambiguë. Souvenir déroutant. Probablement seul souvenir doux de sa vie d’avant. D’avant l’Amariah, d’avant sa foi.


Pourquoi ce souvenir ? Pourquoi maintenant ?


Mais il ne le contrôle pas et le voilà qui ressurgit.

La même Tour, bien des années plus tôt.

Un petit garçon, un Albin encore Jack. Il est là et, pour la première fois, il sourit. Il est petit et derrière lui, un homme. Il est grand, il le prend dans ses bras et lui montre la vue de la ville. Son père.
Il s’est promené avec son père. Il a ri avec son père. Il a souri avec son père. Il s’est amusé avec son père.

Il a aimé son père.


Mais bientôt tout se brouille et cet instant de joie, de bonheur, de bien-être, disparaît dans la colère et la souffrance. Le cœur de cet enfant est glacé maintenant.

Une main se pose sur le rempart, sur le rebord. Presque plus froide que la pierre humide.

Comme cette ville est belle quand elle dort encore et que le mal n’a pas envahi ses rues.
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Monodiela
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MessageSujet: Re: Une Aube Embellie   Jeu 11 Oct - 3:43

La fleur jongle avec leurs fantômes, ces "brumes" comment on les appelle, témoignent pour elle de leur reliquats, des souvenirs rêveurs qui s'évaporent aux premiers rayons, rejoignant la nuit, comme si le rêve ne pourrait se réaliser en plein jour. Non, il se brûlerait, le rêve.
L'androgyne se faufile, entre les fumées et les rares passants sur l'heure filante, il aime bien ce moment, il n'y a pas encore beaucoup de gens, tout est calme mais frémit, tout s'active sous l'épaisse couverture des murs et des vies...
La fleur aime ce moment, le moment pas encore éveillé, pas tout à fait endormi, entre rêve et réalité, un peu comme un zombie.
Elle aime bien ne plus distinguer, la frontière. Celle entre les chimères et le vrai, les volutes nuageuses lui paraissent encore douces, la frôlant, la caressant, lui murmurant tendresse maternelle.
Elle aime bien ce moment.


Vite Monodiela, vite, hâte ton pas, vers Lui vers ce phare de ta vie. Son ombre se profile, semble s'envoler, le vent est joueur, le vent est rieur ! Mais Albin est concentré, Albin connaît le chemin par coeur, Monodiela le sait.
Il pourrait s'y rendre les yeux fermés, et même aveugle, la fleur le suivrait.
Le tissu, sa soutane, semble lui échapper, c'est comme si toute son âme à lui, luttait, tentait de s'en libérer, aidée du vent, du vent rieur, du vent farceur. Mais Albin, continuait toujours, toujours. Et Monodiela restait dans ses traces, dans ses pas, derrière lui, comme l'extension de son coeur, une autre partie de lui, une autre partie de cette âme qui n'était que douleur, une autre partie toujours radieuse, resplendissante, dans l'ombre.

Vite! Monodiela, vite ! Ne traîne pas, il s'envole ton Albin, il s'envole et se dresse, il va dominer l'évêque, il va appliquer son arrogance, sa sentence au paysage qui git à ses pieds.
Et toi?
Toi, tu es toujours là.


Et puis, et puis, parfois, parfois, la brume s'introduit tu vois? La brume chuchote, susurre, ce qu'on refuse de voir, elle montre un peu de lumière dans nos ténèbres, un peu de nuage qui perce le soleil. Ces soleils brûlants, ces soleils méchants, ces soleils sur terre, pervers...

Parfois, il y a quelques relents de prières, prières d'autres gens, évaporées de leurs âmes aussi bien que restera accrochés à eux, leurs tourments...
Alors Monodiela voit cette main prostrée vers la chute, il la voit si belle, si délicate, si froide.

Il est songeur Monodiela, songeur en admirant cet homme qu'enveloppent quelques rayons fantasques, se jouant de ses sillons glacés.... Et la fleur aussi veut jouer, la fleur aussi veut réchauffer !
Alors d'un élan, elle se jette sur Albin, elle se jette et l'enlace, l'entourant de ses bras fins, elle le serre tout contre elle, contre ses pétales, sa douceur, contre son coeur.
Elle ne regarde pas le monde, ni la misère, ni la lumière, elle le sent en dedans, et elle se fait fervente prisonnière pour le libérer un peu, un temps, de son enfer.



[décousu tout ça mmm]
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Albin
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MessageSujet: Re: Une Aube Embellie   Dim 21 Oct - 2:59

Le temps pardonnera, le temps guérira, le temps aidera à apaiser l’âme qui bout et qui crie, le temps fera fondre la glace, le temps ouvrira les pétales du cœur, qui ne demande qu’à aimer la fleur.

Les fleurs.



Peut-être qu’un jour, le temps fera tout ça. Peut-être qu’un jour, le temps y arrivera.
Peut-être qu’alors, un sourire dessinera ses lèvres. Peut-être qu’alors, il croira…

en des rêves, en un avenir, en la vie, en l'amour.

Mais pour l’heure il pleure sans larme, il se ferme et meurt à l’intérieur. Il se meurt, il le sait, il le fait exprès. Il laisse son âme se briser petit à petit, emportant par petit bout ce qui lui reste d’humain, ce qui lui reste de faiblesses et de fêlures. Il veut, il doit devenir implacable, impitoyable. Devenir une arme, pure et blanche, sans émotion, sans sentiment, sans âme. Une arme implacable, une arme infaillible. Une arme pour purifier et sauver ce monde. Une arme pour détruire Zion.

Il y arrivera. Il le doit. Il doit y arriver. Il n’abandonnera pas, jamais. Il ne peut pas. Il ne doit pas abandonner. Peu importe ce que cela coûtera…


Peu importe ?

Il ne le voit pas. Il ne l’entend pas.

Un choc.
Un souffle coupé.


L’enfant s’est jetée dans ses bras. Il s’est serré contre lui. Elle l’entoure de sa chaleur et de son innocence. Il sent sa présence, sa douceur contre lui.

Et quelque chose l’envahit aussi…


Surpris, il n’arrive pas à bouger, il n’arrive pas à penser, il n’arrive pas à respirer. Surpris, il reste figé.

Pourquoi a-t-elle fait ça ? Comment a-t-il fait ? Albin ne comprend pas.

Il baisse les yeux et observe le petit être tout contre lui. Ses cheveux qu’il veut caresser. Ses frêles épaules qu’il veut entourer. Cette délicate joue qu’il voudrait embrasser.

Mais il se ressaisira et une main ferme écarte en tenant l’épaule. L’autre main claque l’air et la joue. Retentissante. Il n’entend pas son fouet dans le vent mais sent le fouet dans son sang, dans son corps. Il sent sa violence, sa glace et son horreur.

Qu’a-t-il fait ?

Il se fige. Horrifié. Plus horrifié par ce qu’il a fait lui que par ce qu’elle a fait elle. La fleur qu’il…

qu’il…

Qu’il ne peut se permettre de considérer autrement qu’en allié. Elle n’est que cela. Une aide précieuse. Un être pur et innocent. Un être qui sait se défendre, mais se tâcherait sûrement dans ce monde perdu s’il le laissait seul. Il ne peut pas se permettre d’être plus qu’un guide, plus qu’un prêtre. Il est celui qui le vengera. Car pour cette fleur aussi Zion est la malédiction. Pour cette fleur aussi il crie vengeance. Pour cette fleur aussi il veut détruire le mal qui pourrit le monde et les hommes. Le monde doit être lavé, purifié pour être enfin digne de cet être, de cet enfant.

Cet enfant qu’il ne peut se permettre d’aimer.


Un moment, la main se serre malgré elle. Elle se serre un peu trop fort sur l’épaule. Il n’arrive plus à bouger. Les yeux cherchent l’autre regard. Ils ont peur de ce qu’ils font voir. Ils ont peur, mais ils s’avancent, ils doivent voir, ils veulent se plonger dans ces deux petits joyaux de vie.

La main se rend compte de ce qu’elle fait et lâche prise, elle redescend lentement dans les airs, elle est encore hagard. L’autre, celle qui claque s’est serrée en un poing qui enfonce ses doigts dans la paume avec tant de force et de violence qu’elle est encore plus blanche, encore plus terrible, et que l’on s’attendrait presque à la voir se tâchait lentement de rouge. Mais le bras est le long du corps, les bras et les mains frôlent le noir du tissu.

Son corps est fébrile. Va-t-il exploser ? Va-t-il s’écrouler ?
Lui-même ne le sait pas. Il ne bouge pas et se durcit, encore, toujours. Il se durcit car il le faut.
Mais il sent son coeur qui tremble.


Il ne peut pas…


" Pourquoi tu as fait ça ? "

l’aimer.


[Hj: J'ai mis longtemps finalement désolé ]
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Monodiela
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MessageSujet: Re: Une Aube Embellie   Dim 21 Oct - 2:59

Les yeux écarquillés.
Le vent a soufflé.
Si fort, si fort le vent, qu'il ébrécha une des pétales. Oui. Ébrécher.
La fleur est plus forte que ce qu'il n'y parait.
Mais devant Albin, devant Albin, elle n'est plus que son reflet...humain.
Le sang s'égoutte doucement, perlant à ses lèvres ouvertes, à ses lèvres offertes.
Elle sait bien.
Elle comprend.
Mais faut-il s'en résigner pour autant?


Cela fait bien longtemps, bien longtemps déjà, que la fleur n'est plus à sauver.
Cela fait bien longtemps déjà, que la fleur s'est fanée.
Ce qui persiste devant tous, n'est plus qu'une fleur figée, un souvenir d'herbier, un relent du passé, une figurine fantôche.
Un pantin creux qui s'imagine humain, qui vit à l'instinct...
Qui n'est plus que vide.


Tu te leurres Albin, tu te leurres comme beaucoup, mais comme beaucoup tu l'ignores.
Comme beaucoup, comme la fleur...
Tu fermes les yeux

Comme on ferme son coeur... à la douleur.

Mais Monodiela, sait bien, Ô oui elle sait la fleur !
Elle sait ô combien, peut parfois exploser la douleur si on ne la mesure pas, si on ne lâche pas quelques coulées ardentes. Elle sait qu'il faut aussi parfois, quelques onces de bonheur, minuscules poussières bientôt disséminés, elle sait qu'il en faut, pour pouvoir continuer.
pour pouvoir exister

Pour arriver à persévérer, à perpétuer, sans perdre le sens.
Il sait tout ça, le jeune enfant, enfin plus qu'il ne le sait, il le sent.
Et le rôle de fugace, le rôle du fragment, il l'aime, il veut bien l'être celui-là.
Il est si creux, si creux, qu'il résistera, qu'il résistera, à ce qu'on finira par lui dérober. Il n'a plus peur de se faire piller.
Alors, il regarde cet Évêque de splendeur, il l'admire et toujours sans peur, il pose sa main sur la sienne, toujours sur son épaule, sa tête l'y rejoint, comme aimantée.
Il n'est pas rancunier.
Pour se laisser de rares moment de liberté, il doit souvent payer.
Mais est-ce bien lourd, pour cette fleur fanée ?

Qu'est ce qu'elle fait la fleur ?
Elle se fait réceptacle, elle se fait coffre de ses pleurs, enclos des derniers bonheurs.
Qu'est ce qu'elle est la fleur ? L'un des derniers témoins, un simple pantin, Pinocchio et fée bleue devenue baleine de Jonas.
Des rôles qui s'entremêlent qui se perdent, le masque s'est apposé il y a de ça des années, de si longues années. Pourquoi? Oh oui, pourquoi?
Monodiela ne le sait pas.


Elle a encore oublié. Elle oublie tout ce qui est dangereux, elle oublie ce qui rend malheureux, comme elle oublie cette gifle, en fixant de son regard vif, le vitreux de l'homme devenu guide.

Mais qui en cet Eden s'est vraiment égaré ?
Qui en ce jardin s'autorisera à plier ?

Il sourît, doucement. Il sourît tendrement.

"Juste... aimer"


Car aimer est juste n'est ce pas ? Tu l'as sauvé Albin, alors elle te remercie, sans forcément partager tes desseins, qu'elle saisit pourtant, qu'elle comprend bien plus que tu ne le sens. Tu l'as sauvé Albin, alors aussi, elle t'a maudît.
Et c'est peut être pour ceci, qu'elle est devenue ton ombre.
Vous êtes liés, et dans les dunes du désert, vous serez englouties.
Car il n'y a aucune construction à ta vie .

_________________
" Même si tu es monstre, même si tu es ça, même si tu es de ceux que l'homme créa et que les étoiles brûlèrent.
Tu sais? Les étoiles sur terre.
Moi, je t'aime tu vois, je t'aime, car c'est la dernière fois."

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MessageSujet: Re: Une Aube Embellie   Dim 21 Oct - 23:14

Sa main est prise dans la plus douce des prisons.
Son coeur neige dans le plus terrible des enfers.

Et quelques gouttes de sang, lames pires que les larmes pour son cœur et son âme. Lames pour sa main détestée.


Il n’aime pas ces moments.

Il voit qu’elle n’est pas si innocente.
Elle n’a plus besoin de sa protection. Elle n’en a pas besoin. Peut-être qu’elle n’en a jamais eu besoin de cette protection qu’Albin croyait lui donner.

Lui, oui, il a besoin d’être protégé. D’être protégé par elle. D’être protégé d’elle.

Il n’aime pas se le dire. Il n’aime pas le penser. Il n’aime pas le croire.

Pourtant parfois, dans ces moments-là, il le sent en lui comme une caresse qui claque, comme une menace qui gronde.

Ces moments où il se rend compte qu’elle est plus forte que lui, plus terrible qu’il ne le sera jamais. Alors qu’elle ne cherche pas à l’être. Alors qu’elle prétend ne pas l’être.


Fascination. Terreur. Attirance. Peur.


Elle le fascine et l’effraie.

Ses lèvres frémissent et forment des mots terribles pour le cœur d’Albin.
Il veut se dire, se convaincre, qu’il ne l’a pas vu, qu’il était plongé dans le regard et n’a pas vu les lèvres, qu’il était plongé dans ce regard, porte d’un monde envoûtant, terrifiant, terriblement tentant.
Il ne veut pas avoir vu le frémissement, le tremblement, de ces lèvres, de ces pétales, de ces lignes comme l’horizon d’un rêve inaccessible, d’un rêve impossible.


Mais il a vu.


Il sent la morsure de ces mots parcourir sa peau où un frisson tremble.

Il tremble et son cœur aussi. Il le sent tambouriner, vibrer en lui comme un animal en cage, effrayé, un animal qui voudrait fuir, mais en même temps est captif, captivé et attiré.

Il n’ose pas bouger. Il ne peut pas bouger. Il ne veut pas bouger.


Peut-être devrait-il libérer sa main. Peut-être devrait-il se détacher, s’éloigner.

Peut-être,
mais il ne peut pas, mais il ne veut pas.


La sensation, l’étreinte, la chaleur, la douceur, le plaisir, l’envie de sourire, l’envie de soufrir, l’envie de brûler, de crier, d’embrasser. Tout disparaîtrait.

Ses jambes sont faibles, fragiles, tremblotantes. Comme une menace. Menace de ne plus le soutenir, de se dérober, et de le laisser s’écrouler, s’effondrer sur l’humide et froid du sommet de cette tour.

Menace contre laquelle il lutte. Menace qui l’effraie mais déconcentre son esprit d’une autre bien pire, bien plus terrible.

La menace que représente Monodiela. Par son regard, il perd le contrôle de son corps, de son cœur, de son âme, de son masque.

Un regard, un sourire, une caresse de Monodiela et Albin ne sent plus ce chagrin qui le nourrit, cette haine qui guide ses pas et meut ses bras. Albin oubli et serait presque prêt à…


Mais il ne faut pas. Il ne peut pas.


Il n’aime pas ces moments-là. Les moments où la fleur délicate aux pétales beauté, douce et enivrante, aux parfums colorés, se révèle plus brûlante que les soleils et leurs reflets de nuit. Plus piquante que les plus belles ronces. Elle est belle Mondiela. Il est doux l’enfant.
Du dehors. La peau est douce mais que cache-t-elle ? Les yeux sont lumières mais que regardent-ils ?

Terrible menace enfouie sous une tendresse enfantine. Albin a peur, mais le piège l’attire.

Il doit résister. La chute est si proche. Il doit se contrôler. Sa faiblesse est si grande. Il doit le cacher.

Elle est si forte la fleur du désert, si forte et si déroutante.

Il franchit l’air et l’approche. Les deux fleurs se frôlent de leurs pétales.
Son cœur et sa peau vibrent de sentir cette promesse interdite si proche que sa chaleur menace de faire fondre la glace. Secret qu’on ne veut franchir, qu’on ne veut s’offrir.
Son cœur et sa peau crient et brûlent d’être si près et si loin de cet aimant, que le désir rendrait amant, que la vérité rendrait aimant.
Suffisamment près pour souffrir ses rayons, suffisamment loin pour ne pas fondre dans sa peau.


Rêve, secret, menace…
de vie.


La main libre se plaque contre les lèvres, contre les mots, contre la tendresse et la couleur rouge. Le blanc se pare de sang, le blanc tremble sous la délicatesse. Un souffle chaud attaque la neige. Les pétales fragiles s’abattent sur le rugueux et appellent les lèvres fébriles.

L’acier s’embrume et se colore de pluie. Bleu et gris se brouillent et s’embrouillent. Des nuages blancs, striés de cils noirs, s’avancent et recouvre le bleu du ciel gris.
Il ne veut pas voir, il ne veut pas entendre, il a peur et tremble.


" ... "

Ses mots buttent contre ses dents, contres ses lèvres et se perdent dans les larmes qu'il retient, dans sa gorge qui se serre. Ils deviennent muets, ils deviennent souffles…
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Monodiela
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MessageSujet: Re: Une Aube Embellie   Ven 26 Oct - 5:25

Rejet et poisons.
Accroche et floraison.

La ballet du printemps, primevera, première fois, après l'hiver, après le froid.
Renaissance.

D'une absence.
Celle endormie, celle givrée et dévorée. Celle que la neige ensevelit, Celle que le frimât aima, de cette terre durcie devenue bouclier, voilà qu'elle s'éventre et pleure ses larmes sanguinolentes d'une renaissance.
Mais pourquoi, ô oui pourquoi, fallait-il que la douleur, sans cesse, l'accompagna ?
N'est-il possible, en cette vie, de ne pas vivre sans sacrifice? Tout à un prix, rien ne vaux et pourtant, tout s'échange.
Mais rien ne change.


Mais y a t-il encore une saison, y 'a t-il encore des cycles, du mouvement, en ces périodes de tourments, où l'humanité arrachée au sable, se débat désespérément. Acculée des dunes et des soleils qu'elle créa injustement.
Se plaignant ensuite des brûlures de ses nouveaux astres aimants ?
Cette terre se délesterait sans peine d'une plaie purulente, pourtant, pourtant, elle se bornait à toujours enfanter, toujours laisser naître en sa matrice souillée, l'engeance matricide qui continuerait, qui continuerait à la sacrifier.

Au nom d'un idéal, d'une pensée, qui n'est jamais de la masse, qui se dit le mieux, d'une minorité, à guider.

"Ferme les yeux, et le monde deviendra ce que tu veux"
et c'est pourquoi tu souris La Fleur, c'est pourquoi tu souris, car il n'y a que l'oubli, que l'oubli dans tes pleurs, que la caresse du vent que tu ressens, que les sanglots des souvenirs enterrés, qu'une vague mélancolie qui tressaute parfois, en ton coeur vicié.
Tu souris la fleur, car tu as conscience malgré tout de ta perdition, comme tu le vois bien, à leur fonction.
Ils agissent tels des pantins qui gigotent, s'entrechoquent, à qui dit vrai, à qui l'emportera.

Toi, tu te contentes, la fleur.
Vaillant, vaillant petit soldat.

Tu te fous, en fait, de savoir, qui vaincra.
Oui, tu n'en as rien à foutre, le monde peut sombrer sous toi, que tu continueras d'afficher ce léger rictus tendre, de cette maternité lassée, tu les aiderais à se pendre, à achever cette humanité. Tu les y aiderais, dans ton gouffre furieux, celui qu'il ne vaut mieux pas réveiller.
Mais parfois, parfois, il n'y a pas que ça, des moments volés, des bribes perdues que tu aimes tisser pour fixer ton regard, qui sans support ne pourrait que se fendre devant la monstruosité affichée.

Alors tu danses la fleur, tu danses avec les coeurs, tu danses avec Albin, Albin qui a sa main sur ton épaule, Albin, Albin qui est encore si enfantin, Albin qui cherche encore son chemin.
Albin qui ne se doute de son destin.
Toi qui t'en doutes, toi qui ne dit rien, toi qui oublie... à desseins.
Toi qui t'enivre de cette main, posée sur tes lèvres, toi qui t'en saisis doucement, comme l'on berce l'enfant, comme l'on caresse l'amant.
Tu t'en empares, lui restes ballant, tu lui murmures ta volupté, tu la couvres de baisers, déférents ? Différents, c'est un souffle ardent, celui qui perce parfois de tes abysses comme pour combler tes délires mortels d'un peu de vie, ces vies que tu écartèles, voilà, voilà, c'est ainsi que cela fleurit.

C'est un printemps de vagues, de dunes, et de vent, de sang chaud. C'est un renouveau toujours gris mais vibrant, où l'enfant continue de torturer sa mère.
C'est un printemps continuité de l'hiver d'en dedans, celui qui, éternel ne fondra pas si facilement.
Et la tempête se déferle, celle qui se retient en ta chair, frustrée, silencieusement. La Tempête éclate, et elle sublime tous serments.

Ce n'était qu'un souffle, qu'un non dit, que la fleur transperce de lames répétés, qui entailleront, le moindre bouclier, en slave répétées.
En simple caresses.
En simple tendresse...

_________________
" Même si tu es monstre, même si tu es ça, même si tu es de ceux que l'homme créa et que les étoiles brûlèrent.
Tu sais? Les étoiles sur terre.
Moi, je t'aime tu vois, je t'aime, car c'est la dernière fois."

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